Publié dans le quotidien Yoor Yoor Bi – Lundi 07 octobre 2024

Aujourd’hui, c’est la rentrée des élèves. Quel est l’état d’esprit des enseignants surtout que le régime a changé de mains ?

Tout d’abord, permettez-moi de souhaiter une bonne année scolaire à tous les acteurs du système éducatif sénégalais. Maintenant pour répondre à votre question, je dirai que l’enseignement est une passion pour beaucoup d’entre nous et de ce point de vue les enseignants devraient toujours être dans un bel état d’esprit au moment d’aborder une nouvelle année scolaire. Malheureusement, pour la grande majorité, tel n’est pas le cas parce qu’ils sont confrontés à plusieurs difficultés qui peinent à trouver des solutions depuis plusieurs années. L’avènement du nouveau régime suscite beaucoup d’espoir chez les enseignants parce que dans le livre-programme sur la base duquel le président de la République a été élu, beaucoup de promesses allant dans le sens d’une amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants ont été faites. Nous prions juste pour que cet espoir ne soit pas déçu.

Est-ce qu’aujourd’hui toutes les conditions sont réunies pour faire une bonne rentrée et dérouler l’année sereinement ?

Lors du conseil interministériel sur la rentrée le gouvernement a fait un diagnostic sans complaisance de la situation actuelle de l’école. De ce diagnostic, on peut retenir qu’il y a un déficit de 4.527 enseignants, de 48.696 salles de classes, 207.000 table-bancs sans compter les abris provisoires qui sont au nombre de 7145. Avec un tel tableau, nous pouvons dire sans risque de nous tromper que les conditions sont loin d’être réunies pour une bonne année scolaire. Ajoutez à cela les difficultés que vivent les enseignants et qui ont pour noms lenteurs administratives, statut des décisionnaires, problèmes de formation, intégration dans la fonction publique, système de rémunération et non-paiement des indemnités de correction du baccalauréat pour ne citer que celles-là. Compte tenu de ce qui précède, nous pensons que la situation de l’école mérite une attention particulière de la part du nouveau régime si nous voulons rompre d’avec ces crises cycliques que nous avons connues par le passé. Une année sereine, c’est dans l’ordre du possible si le gouvernement donne des gages en posant des actes forts.

Vous êtes syndicaliste. Pensez-vous que l’année se déroulera sans perturbation ?

Tout dépend de l’attitude du Gouvernement face à nos revendications. Avant même leur accession au pouvoir beaucoup de points avaient déjà fait l’objet d’accords entre les gouvernements précédents et les organisations syndicales. Depuis leur arrivée, beaucoup de réunions ont été tenues et aujourd’hui ils savent exactement quelles sont nos préoccupations. Pour nous, l’heure n’est plus aux discours. Il faut désormais poser des actes forts allant dans le sens du respect des promesses faites au monde de l’éducation. Sur la question du système de rémunération par exemple, il y a eu un début de correction avec l’ancien régime et nous attendons des nouvelles autorités un parachèvement de la correction du système de rémunération et nous avons bon espoir qu’ils ne feront pas moins que leurs prédécesseurs.

Le nouveau ministre de l’Éducation nationale a posé des actes, notamment l’introduction de l’anglais à la base de l’enseignement, la création de Linaque, la réduction des inscriptions. Comment appréciez-vous tout cela ?

Effectivement, le ministère est en train d’implémenter un certain nombre de réformes et nous pensons que c’est toujours bon d’innover. Seulement nous avons comme l’impression qu’il y a un peu de précipitation dans la mise en œuvre de ces réformes mais aussi et surtout une démarche unilatérale. Si nous prenons l’introduction de l’anglais, je pense que c’est une excellente chose mais on se demande si tous les préalables sont réunis. Y a-t-il déjà un programme national d’enseignement de l’anglais à l’élémentaire ? Que dire des supports didactiques ? Y a-t-il des enseignants formés pour dispenser des cours d’anglais à l’élémentaire ? Voilà des questions qui méritent d’être adressées si nous voulons réussir avec brio une telle réforme. Pour ce qui est des Linaque, c’est encore une excellente idée mais nous nous offusquons du fait que la gestion de ces établissements d’excellence soit confiée à des militaires à la retraite. Ça sonne comme un désaveu pour les enseignants qui seraient incapables de gérer de tels établissements. Les réformes sont excellentes mais il faut du temps comme le dit l’adage « nous sommes pressés mais allons-y lentement » pour éviter les erreurs.

Qu’attendez-vous de votre nouveau Ministre de tutelle ?

Nous n’avons pas pour habitude de nous focaliser sur une personne mais ce que nous attendons du Ministre, c’est qu’il ait une démarche inclusive, qu’il ait le sens de l’écoute et surtout qu’il comprenne qu’on lui a confié ce que ce pays a de plus cher, c’est-à-dire ses enfants.

Les décisionnaires clament partout que les syndicats n’ont pas pris au sérieux la question de leur statut. À quoi cela est dû ?

C’est une question très douloureuse et on peut comprendre leur frustration mais il ne faut pas perdre de vue le fait que beaucoup de leaders syndicaux sont des décisionnaires. Donc, je ne vois pas quel intérêt, ils auraient à négliger cette situation. Le fait est que c’est une question très complexe et il faut une réelle politique pour la régler définitivement. Nous invitons le Gouvernement à tout faire pour que cette question soit derrière nous.

Un ancien du Saemss, en l’occurrence Mamadou Lamine Dianté, est nommé Président du Haut Conseil du Dialogue social. Votre appréciation ?

Nous félicitons le camarade Dianté qui est un compagnon de lutte. Nous n’avons aucun doute qu’il sera à la hauteur de la tâche que lui a confiée le président de la République.

Le mot de la fin !

Je réitère mes souhaits pour une bonne année scolaire à toute la communauté éducative. Aux nouvelles autorités, je demande de faire « Un plan Marshall » pour sortir l’école sénégalaise de toutes ces difficultés. Je tire mon chapeau à toutes ces femmes et à tous ces hommes qui, malgré toutes les difficultés, ne ménagent aucun effort pour donner aux enfants de ce pays la meilleure éducation possible.

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